Cook island – Tahiti.
Jeudi 16 janvier 2014.
Rarotonga – Papeete / 1144 km.
J’ai dormi dans un hôtel pourri juste à côté de l’aérodrome. Pas d’air conditionné, pas de savon dans la salle de bain (heureusement que j’ai toujours une petite bouteille avec moi !), une wifi nullissime. A oublier.
Les îles Cook sont au nombre de 15. Elles appartenaient à la Nouvelle Zélande mais sont devenues indépendantes en 1960 et conservent des liens étroits avec ce pays.
J’ai vu quelques photos, c’est somptueux. Je m’y arrêterai plus longuement lors de mon retour.
J’ai 250 mètres de marche jusqu’aux bureaux d’Air Rarotonga. C’est ici que Bruce va me rejoindre après la Polynésie pour refaire un service et refixer mon réservoir supplémentaire. Vu que je ne carbure à nouveau qu’avec de l’Avgas nous avons bien fait de ne pas le remettre. Nous allons pouvoir changer le filtre de droite très facilement.
Formalités de douane, 230 $NZ avec la taxe d’atterrissage et de parking.
Décollage en 08. La côte s’éloigne très rapidement.
Je monte à 9500 pieds mais je dois ensuite monter jusqu’au 115 à cause de nuages élevés. Je reste en contact avec Rarotonga durant 1h30 puis je passe avec Tahiti contrôle par l’intermédiaire de mon téléphone satellite. Et je tombe sur Patrick, un lecteur de mon blog, c’est bon et rassurant d’entendre cette voix amie. Quel magnifique accueil ! Ca fait trop plaisir. Je rappelle toutes les 30 minutes comme demandé pour donner ma position et confirmer que tout va bien. Entre temps je prépare mon article, réponds aux mails, fais mon petit travail de bureau quotidien.
Un vol calme mais je me fais pour la première fois la réflexion que ce voyage est un peu fou. Les distances sont tellement colossales, c’est juste monstrueux. Finalement, je comprends que nous ne soyons pas très nombreux à faire ainsi des vols quand même un peu débiles. Je constate sur l’itinéraire de mon blog que j’ai déjà parcouru plus de 38’380 km pour 200 heures de vol. Je suis impressionné. Ca fait presque le tour de la terre en ligne droite !!
Ces traversées maritimes n’en finissent pas et sont un peu monotones. Je surveille très régulièrement les cadrans, je guette les bruits du moteur. C’est quand même un petit peu plus reposant sur la terre ferme sachant en outre qu’à chaque fois qu’on parle avec quelqu’un, les gens vous disent que vous êtes fou de faire ça avec un seul moteur. A la longue, on finit presque par le croire. Elles ont un seul avantage, elles me permettent de me mettre à jour et de rattraper le retard causé par mes mésaventures.
Mais je dois vous avouer que je fatigue. Je n’ai jamais été aussi épuisé de toute ma vie. L’accumulation de tout ce qu’il y a à gérer et à ne pas oublier sans compter la tension en vol de ne jamais savoir vraiment ce qu’il y a derrière et si ça va quand même passer ainsi que l’incertitude lorsque je suis en attente d’une solution ou d’une décision extérieure, cela même si je ne suis pas du genre angoissé. A Niue, c’était pesant jusqu’au dernier moment de ne pas savoir si j’allais vraiment pouvoir partir, s’il n’allait pas y avoir un nouveau rebondissement. On avait gardé mon passeport, c’est très désagréable de se sentir pris en otage et c’est aussi la raison de mon départ précipité. Je n’avais plus envie de rester là-bas. Je ne m’y sentais pas bien.
Hier soir, alors que j’étais à 50 minutes de ma destination et que j’avais enlevé le pilote-auto, je m’endormais alors que je pilotais entre les cumulus lors de ma descente. Mes yeux se fermaient puis ma tête tombait et je me réveillais en sursaut. Je me suis fait peur. Comme lorsque je dinais en Nouvelle Calédonie avec Christian et qu’il se moquait de moi. Le méchant ! Je me donnais des claques pour rester éveillé. C’est trop. Une des très rares choses dont je me souvienne de la théorie est que l’on doit piloter en étant reposé. C’est très loin d’être mon cas !
Je suis content d’être pour ainsi dire arrivé à destination et je vais maintenant vraiment prendre le temps de me détendre. La course est terminée. Je voulais me rendre en Polynésie. Les Marquises ne vont être qu’une étape. Ca va être magnifique de survoler ces atolls de sable fin, cette mer turquoise, ces Îles recouvertes de palmiers. Je me réjouis trop !
A 35 minutes je commence ma descente vers Papeete. Il y a beaucoup de cumulus. Après l’approche, je passe avec la tour. L’homme en service me gratifie d’un grand : tu es n°1 pour la 04, tu me rappelles en finale. Je trouve ça magnifique. Je longe Moorea (photo à la une), c’est extraordinaire d’être venu jusqu’ici avec cette petite machine. Je suis très heureux, c’est incroyablement beau, c’est ma récompense.
La piste de Tahiti Faaa est là, à quelques centaines de mètres, elle me tend les bras.
Atterrissage en 04 avec un vent complètement de travers arrière.
5 heures de vol. Je suis en Polynésie. Séquence émotion.
Merci à tous pour votre soutien, votre aide précieuse et vos conseils.
La tour me guide jusqu’à mon parking. La gendarmerie est déjà là. On me demande tous les papiers de la machine (c’est la 1ère fois depuis mon départ), license, assurance. Une autre unité scanne ma carte d’identification ULM ainsi que ma license radio puis la police vient me chercher et m’emmène en voiture dans le terminal international pour l’entrée dans le pays. J’ai toujours écrit dans ce blog tout ce que je ressentais. Je me répète en disant qu’il a été fait à la base pour ma famille et mes amis. Je me dois d’écrire que je ressens un sentiment désagréable, lourd et que c’est la première fois de tous les pays traversés. On réfléchit, on a peur d’avoir fait quelque chose de faux, d’être coupable. Tout le monde est certes très aimable mais on fouille, on cherche, c’est un peu l’inquisition. On me demande pour la première fois quelle est mon occupation, le nom de ma société, où elle est située !?!?!?
Je n’ai vécu cela à nulle part ailleurs. Où sont les colliers de fleurs traditionnels de bienvenue propres à la Polynésie ?
Des pilotes arrivent, me saluent, me souhaitent la bienvenue, me questionnent, me proposent une place à l’intérieur pour ma machine, m’invitent à venir prendre un verre. Mes excuses à vous tous, j’ai dû partir avec la police et je n’ai pas pu vous prévenir, ni revenir.
Ca c’est la Polynésie.




Bravo l’artiste, il y quelques années j’atterrissais aux commandes d’un Cessna 172 suite à un local vers Moorea, que de beaux souvenirs. Après les fidjiens de 120 kgs, attention aux rérés sure le Bd Pomaré!
je t embrasse !
Bonjour, Éric
Alors, ça y est. Tu es arrivé. Tu Y es arrivé !
Magnifique voyage, sans anicroche. 200 heures de vol, et ta machine ne t’a pas laissé tomber (au sens propre comme au figuré). Que de souvenirs, que d’émotions, que de suspense…
Félicitations pour avoir réussi cet exploit — et nous avoir tenu en haleine tout ce temps !
Dis-nous, les flics de Papeete ne t’ont pas serré les menottes trop fort ? 😉
Car en effet, question accueil polynésien, on aurait pu imaginer quelque chose de plus… chaleureux. Heureusement, tes collègues pilotes (sur place et sur le blog — j’en suis !) remplissent la fonction.
Dors bien et à bientôt, mais seulement quand tu te seras complètement reposé.
Tyb
Importation illégale de petit suisse en Polynésie, tu vas prendre perpète….
Rebienvenue en Hollandie…
Mais on est un brin soupçonneux depuis que notre sinistre des finances n’avait aucun compte en suisse et que notre président à jurer fidélité….
Admiration encore et toujours pour ton audace et ta pugnacité a réaliser ton projet.
bravo Eric nous sommes vraiment fiers de toi et chapeau pour ta performance
repose toi quand meme
amities
Fouad
Bonjour Eric,
Bravo, c’est super que vous soyez en Polynésie ! You did it, as we say in English ! Les colliers de fleurs seront pour les Marquises…
Restez malgré tout prudent. Si vous n’avez pas le temps d’écrire un poste sur le blog, ce n’est pas grave. On peut patienter 😉
Prenez le temps de vous reposer et de profitez à fond de la Polynésie ! Adoptez la fiu attitude
Les photos vont être à couper le souffle…
Amitiés et bises,
Sophie
Profitez-en aussi pour vous faire tatouer le logo de Flight Marquises 😉
Magnifique performance!!!
Pour avoir beaucoup voyagé, la fatigue complique beaucoup les situations et les relations humaines. Un seul conseil donc: du repos enfin… même si c’est au poste!
Une bonne nuit de sommeil pour enfin ouvrir les yeux sur l’exploit accomplît, la liberté d’avoir agit comme bon vous semble, et le bonheur d’être à Tahiti!
Le reste n’est que jalousie et admiration… dissimulée parfois il est vrai.
Bon repos au soleil
Marc
salut, pas d’autre mot, super BRAVO pour ces trips si long en solo sur l’océan. je regarde ton blog plusieurs fois par jour et le soir en attente de tes photos et commentaires. reposes-toi avant que tu n’ai un problème en vol. amitiés jc
Bravo Eric pour cette belle performance.
Que de chemin parcouru, dans tous les sens du terme, depuis ton départ pluvieux, dans une ambiance chaleureuse, il y a quatre mois à Belgarde.
Merci pour cette belle histoire que tu écris tous les jours, tes textes sincères appuyés par des photos magnifiques et des vidéos qui font rêver, les émotions, le réalisme.
Profites bien des jours à venir pour récupérer et vivre pleinement la vie douce des îles.
Je t’embrasse. Marie-Odile
Les distances sont énormes, chaque vol est une aventure, une plongée vers l’inconnu. Même si l’avion est beaucoup plus moderne et sûr qu’au début du siècle, c’est un exploit quoiqu’on en dise ! De plus, tu es seul. Tu me fais penser aux pionniers de l’aéropostale ! Sans parler du partage via ce blog.
MERCI et BRAVO Eric !
Repose-toi sous les cocotiers (sans coco au dessus) tout en sirotant un punch tahitien !
Thierry
BRAVO ERIC !
Quoi dire de plus …
nous sommes très émus.
Repose toi un peu il a de quoi.
et prends du bon temps, vacances mérités.
Nous sommes déjà en attente des tes aventures dans le retour.
quelle plaisir !
Merci Jorge et Susana
Un grand « Bravo » pour ces navigations dans des conditions parfois très difficiles. Vous réalisez un exploit que peu oseraient entreprendre. Profitez bien de votre séjour en Polynénie. On attendra vos comptes rendus toujours aussi passionnants que vous avez l’amabilité de nous faire partager.