Hanoï – Luang Prabang.
Mardi 1er avril 2014.
Hanoï – Luang Prabang / 407 km.
On vient me prendre à l’hôtel à 8 heures. Nous nous arrêtons dans une station service pour remplir mes 3 jerricans souples. Les formalités de sortie sont vite expédiées. On me tamponne mon passeport, je monte dans un mini-bus et nous nous arrêtons à une autre sortie pour récupérer l’essence qui a suivi un circuit différent.
Nous découvrons 8 officiels qui discutent de manière véhémente et ne semblent pas tous d’accord. Mon handling agent part avec le principal responsable. 25 minutes se passent jusqu’à ce qu’il revienne et m’annonce qu’il faut attendre l’accord des autorités de l’aéroport pour amener l’essence à l’avion. Je lui demande combien de temps cela va nécessiter. 3 heures me répond-il et ce n’est pas un poisson d’avril. Il est 10 heures du matin, je suis dans une salle d’attente et je prépare le présent article. A 11h10 alors que je somnole sur mon siège, il est de retour et m’annonce que tout est arrangé. Nous reprenons le mini-bus, récupérons l’essence au passage et partons pour traverser les 2 pistes afin de rejoindre l’endroit où ma machine est stationnée. Le contrôle nous annonce que de nombreux appareils sont, soit en partance, soit en phase d’atterrissage et qu’il y a 30 minutes d’attente. Nous assistons entre autre au décollage de 2 jets de l’armée vietnamienne qui partage les installations avec l’aviation civile. Après 20 minutes, on nous avertit que le temps d’attente passe à une heure. Retour au terminal. Je vais boire un jus d’oranges pressées et nous repartons 30 minutes plus tard pour nous entendre dire qu’il y a encore 20 minutes à patienter. Nous parvenons finalement à traverser à 13h45. Incroyable alors que nous aurions eu 1000000000000 d’occasions de passer entre deux avions durant les 2 dernières heures.
Je vide l’essence dans mes réservoirs. Les adieux se résument à un simple bye bye. J’ai bien insisté sur mon mécontentement vis à vis de ce qui a été facturé.
Le contrôle me fait traverser la 11L puis la 11R, remonter le taxi way sur toute la longueur alors que j’ai annoncé que je pouvais décoller en milieu de piste puis retraverser la 11R pour m’aligner sur la 11L. Vous m’avez suivi ? Faites un petit dessin au cas ou, ce sera plus clair. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Je comprends qu’il y ait de l’attente avec une telle organisation. Mes roues quittent le sol à 14h45.
2316 US$ – c’est le montant total payé pour mes 2 stops au Vietnam.
Il fait gris, le plafond est bas, je rentre dans la couche à 1300 pieds pour en ressortir péniblement à 10500 pieds. Je vois le ciel bleu mais je suis à la limite. Soudain ma pression d’essence baisse, baisse encore pour arriver à zéro, le moteur commence à tousser, les battements du coeur s’accélèrent, j’enclenche la fuel pump et je change de réservoir. Ca repart. J’arrête la fuel pump, la pression se maintient 1 minute puis chute complètement. Je renclenche la pompe à essence et me demande ce que je dois faire. Faire marche arrière et me poser à Hanoï ou continuer. Il me reste 1h25 de vol. Je suis déjà à plus de 100 km de mon point de départ. Je regarde les aérodromes les plus proches. C’est le plus proche. Je me demande si cela va se maintenir ainsi ou si éventuellement la situation pourrait s’aggraver. Je ne suis pas sur l’eau mais avec un plafond à 1000 pieds sol, cela risque d’être des plus délicats pour trouver un endroit safe pour poser. Je me mets sur le réservoir de droite, j’enlève la pompe, ça baisse dangereusement puis ça remonte à 0.35 à la bonne pression. Je passe sur l’autre réservoir. Idem, la pression se maintient. Un grand ouf de soulagement. C’était peut-être des saletés ? La couche est montée. Je suis dedans avec du vent de face qui me ralentit énormément. Je passe avec Vientiane contrôle. Je surveille sans cesse la pression d’essence.
Le reste du vol se passe sans problème et sans aucune visibilité. La pression n’a pas bougé se maintenant entre 0.35 et 0.37 sur chacun des 2 réservoirs.
A 60 km de ma destination je ne parviens pas à joindre Luang. Je reviens sur la fréquence de Vientiane qui me dit de persévérer. Effectivement la tour finit par répondre.
J’arrive sur une longue finale 24. Mon GPS m’indique des sommets de chaque côté. Je ne vois rien, je n’aime pas ça du tout. Je coupe les gaz, j’essaie de percer la brume du regard, je m’applique à être bien calé sur l’axe de piste, je garde davantage de hauteur que nécessaire (2300 pieds) alors que la piste est à 1000 pieds et que suis à 1 minute du toucher et soudain je les distingue. Des collines longent le Mékong qui est juste dessous. J’annonce à la tour que je suis en courte. Autorisé à l’atterrissage. Je me pose content d’être là. 2h15 de vol.
Désolé je n’ai pas pris de photos, la situation ne s’y prêtait pas vraiment et vous n’auriez pas vu grand chose.
J’ai droit à une place de parking comme les grands.
A peine arrêté, je distingue des appareils de photo et des téléphones qui crépitent de loin. Les laotiens sont visiblement assez timides. Dix minutes après il y a 15 personnes autour de ma machine, chacun se prenant en photo et réciproquement. Les gens sont discrets et souriants. Le responsable de la tour rejoint tout le monde. Il se présente et m’invite à le suivre. Je sors mes affaires et me dirige vers la douane. 150 US$ pour le visa d’entrée fait sur place, 150 $ pour l’immigration et 38 $ pour 2 jours de parking. Je n’ai pas de handling agent. Les vietnamiens ont fait les demandes d’autorisation de survol et d’atterrissage, il n’y a rien d’autre. Excellente nouvelle. Pour une fois un stop pas cher !
Il me propose même de me déposer à mon hôtel. Vraiment super gentil !

Bonjour,
Un récit qui fait peur. Remets-toi bien de tes émotions.
Bises. MO
Ouf !!
ce ne serait pas le dynon qui décoconne (même chose chez Franck!)?
sinon vivent les petits terrains ! avec les corbeaux à la tour!
bon séjour!
whaaaah, wooo, ouuuuhhh, baaah!
le moteur qui toussotte c’est pas le dynon… alors verif les filtres, mais tu connais mieux que nous tous…
Effrayant: d’autant plus que j’ai suivi le tracking en temps reel (intuition?): google map ne montrait qu’une belle foret à perte de vue, mais bon, vol on top, donc tu étais sans doute moins conscient du risque en cas de pb. Pour le vent de face, je ne me suis pas trompé dans mon estimation!
Concernant les diverses taxes, bonne nouvelle, l’aérodrome de Bellegarde-sur-Valserine vient de voter une taxe + handling + frais divers + accès à la station météo high tech (visible devant le club house) à 564 € HT/ jour: tout à fait raisonnable et abordable au vu de ce qui se pratique ailleurs!
Bon, courage, petite révision et un coups d’oeil sur les cuves des 2 carburateurs peut être utile.
Amicalement
Marc
Bon, Ok, il y a un poisson d’avril caché dans ce message….
T’arrête de faire le c.. Non mais, on veut te voir vivant le 3 mai à Bellegarde. Si j’étais ton père, je te traiterais de sale gamin. Je t’embrasse quand même !
Moi je dis que tout ça c’est du poisson d’avril ou alors, on va t’enfermer a ton arrivée a Bellegarde! le moteur qui toussote dans la couche avec 1000 pieds de plafond…
ne passe jamais ton PPL, on va te faire peur!
Poisson d’avril ou pas…..
on a le coeur qui bat à 200 km/h en dévorant ton récit !…….
J’avais aussi tracké la fin de ton vol sans imaginer ce que tu vivais.
Dans ma naïveté j’imaginais que IFR ça voulait dire « I Follow the Roads » en ULM 😉
« Courageux » avec un moteur qui tousse!
@+
Marc B
Hello Dr Jones,
Thank you for this increvable « poisson »
Vous ne saviez sans doute pas comment tuer le temps de cette longue attente à Hanoi. Et comme vous avez commencé à rédiger votre article, la tentation fut grande.
Heureusement que vous ne croisâtes pas de pingouins sur le chemin vous n’auriez pas pu les prendre en photo.
Il y a du sale gosse dans tout ça c’est sûr !
Bonne découverte laossienne
Amicalement
Anne
Incredible pas increvable !
Bonjour, Éric
Magnifique photo, j’adore !
C’est sûr, quand tu nous a annoncé que ton essence faisait ses cent pas seule — et sans être censée le faire — j’eus (de fruit) un sentiment, certainement saisissant, et mes sens, interdits, m’ont fait penser : « C’est insensé, cette essence esseulée ! » C’est mon sixième sens, ça : les veilles d’essence, en quelque sorte. C’est du souci, c’est certain.
Bon. Comme tout le monde, j’ai eu la trouille quand ton moteur a joué la patouille mais ta débrouille aidant (de lapin) c’est reparti pour la vadrouille, pas la quenouille ! (1)
Allez, parle-nous vite du Laos, en ne s’en Laosse pas !
À bientôt,
Tyb
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(1) – Aïe, au risque de décevoir, je n’ajouterai pas d’autres mots en -ouille… 😉